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Rainbow – Rising (mai 1976)

La scène rock est dans une situation complexe en 1976. Elle va prendre plusieurs directions afin de relever la tête dans un torrent d’idée et d’excès. Rainbow est un moteur puissant par lequel le rock s’oriente vers un son plus heavy metal. La sortie de Rising est un évènement majeur dans cette course à la nouveauté.

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En mai 1976, Rainbow est un groupe heavy metal totalement rénové après une première mouture éphémère. Alors que Ritchie Blackmore s’écarte de plus en plus de son propre groupe, Deep Purple dans lequel il ne trouve plus l’énergie heavy qui avait fait la réputation de la formation britannique, le guitariste invite les musiciens du groupe newyorkais Elf en studio pour enregistrer le matériel d’un premier album. Le travail s’étale entre le 20 février et le 14 mars 1975 au Musicland studio de Munich. Il résulte de l’album Ritchie Blackmore’s Rainbow publié en aout 1975 alors que tous les musiciens sont déjà limogés par le patron. Seul le chanteur Ronnie James Dio est conservé dans l’entourage de Ritchie Blackmore.

Le groupe Rainbow prend alors une forme plus solide. Suite au succès de ce premier opus, Ritchie Blackmore recrute le bassiste Jimmy Bain, le claviériste Tony Carey et surtout l’expérimenté batteur Cozy Powell. Cette nouvelle équipe se révèle très efficace. Ainsi Ritchie Blackmore trouve un groupe à son image, épique et heavy.

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Rainbow s’installe en février 1976 à Munich pour enregistrer Rising au Musicland studios. Derrière la console, Martin Birch est un ingénieur du son et producteur expérimenté, proche de l’œuvre de Blackmore depuis la période Deep Purple. Il saisit parfaitement la volonté solide de faire un hard rock des plus massifs. Le chantier parait immense quand on sait que tous ses musiciens ne se connaissent pas ou peu. Le binôme Blackmore/Dio fonctionnent parfaitement, les deux musiciens – riche de l’expérience de premier album – se passionnant pour les mêmes histoires médiévales. Ainsi les sources d’inspiration sont facilement orientées vers cet univers martial, chevaleresque et féérique.

Pour asseoir ces contes et légendes, Cozy Powell est un acteur essentiel dans l’apport rythmique et la couleur musicale de l’album. En effet, il était nécessaire de développer un jeu puissant, martelé par un batteur original dans l’approche technique de son jeu. Cozy Powell est embauché dans cette optique et remplit pleinement son contrat. Son expérience suffit à imposer son jeu lourd et surtout son style singulier enrichi depuis son passage auprès de Jeff Beck.

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L’album débute par une introduction aux claviers, des synthétiseurs très en vogue et très moderne pour l’époque. Tony Carey est seul aux commandes pour donner une entame sérieuse à Rising avant que la cavalcade de Tarot woman ne commence. Le riff basique arrive crescendo, puis la section rythmique tonique et enfin la voix du lutin Dio nous plonge définitivement dans le monde fantastique de Rainbow. Les paroles sonnent comme un avertissement, il faut faire attention à la tentation et aux risques de se frotter de trop près à cette diabolique musique. Le style novateur de Rainbow se dessine déjà avec cette composition éclatante d’énergie et de force martiale, introduisant l’auditeur dans une lutte rageuse.

Run with the wolf est plus conventionnel, retrouvant les traits classiques déjà établie quelques années auparavant avec Deep Purple. Plus mélodieuse que Tarot Woman, elle reste une formidable composition puissante, souhaitée par les couleurs de Rainbow. Cozy Powell impose définitivement sa marque appuyée de batteur-cogneur ce qui donne une charpente métallique inébranlable pour une chanson galopante. Ce qui pourrait être un moment de faiblesse n’est qu’une suite logique à Deep Purple, plaçant en exergue la force du jeu de ce nouveau groupe.

Starstruck est la deuxième pièce majeure de l’album. Tel un coup de canon, la chanson commence par un claquement pour réactiver la machine. Sur une dynamique hyper active, avec un riff solide et la voix de Ronnie James Dio bataillant dans ce bouillon électrique, le style de Rainbow se déploie note après note. Ritchie Blackmore ne manque pas de signer un solo contraint mais fort bien senti dans un cadre ultra dynamique, imposant un peu plus cette notion de vitesse et de volume dans un milieu heavy en pleine mutation.

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Pour terminer la première face, Do you close your eyes semble être destiner à faire un tube radiophonique. Pourtant Rainbow ne désarme pas son jeu pour répondre aux canons de la vie commerciale mais poursuit sa quête de heavy metal. Ici Ronnie James Dio exulte dans un registre brillant et laisse sa voix groover sur un thème remuant. Malgré cet aspect dansant, la chanson ne sortit pas en single.

La face B débute par le chef-d’œuvre de Rainbow – Stargazer. Cozy Powell va donner corps à son jeu et forcer le trait rythmique avec sa frappe de forgeron, ne laissant aucun espace libre entre le marteau et l’enclume. Très vite les autres musiciens échafaudent élément par élément un thème riche, baroque et belliqueux. Le sérieux de la composition réhausse le niveau et fait très vite comprendre au public qu’on entre dans un autre monde. Toute la structure mélodique présentée, un orchestre symphonique nourrie l’œuvre avec une brillance sensationnelle. Ronnie James Dio parvient à trouver une force lyrique rarement entendu jusque-là dans le rock. Le mélange symphonique et le lyrisme de la voix mais aussi le jeu de guitare de Ritchie Blackmore invente un style épique qui va servir bien des groupes de metal symphonique quelques années plus tard. Le solo de guitare baroque s’achève dans un exercice d’arrangement complexe s’affrontant avec le thème général tenu par l’orchestre symphonique. Sans jamais flancher, la charge reprend, Ronnie James Dio continue son exploit de chanteur d’opéra, exécutant un chant triomphal. Jamais la section ne faiblie, Cozy Powell déroulant son jeu avec une furie d’une cavalerie lancé au galop. Ici Rainbow fait honneur à son public qui attendait fiévreusement un chef-d’œuvre, la chanson qui devait tout changer. Il y a un avant Stargazer et un après.

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Sans répit, A light in the black est la conclusion d’un album de légende. Rainbow n’est pas un groupe qui faiblit, la preuve est cette ultime course contre la lumière. Si Burn (de Deep Purple) vous semblez rapide, A light in the black est l’aboutissement de cette quête de vitesse. Cozy Powell répond à Ian Paice avec une suprématie laissant coi bien des batteurs en herbe. Tony Carey fait son retour pour un solo de synthétiseurs d’anthologie avant que le maitre des lieux ne vienne se fendre d’un solo tirer de sa meilleure lame. L’album se conclue dans ce déluge de notes, embrumant les plaines du heavy metal pour quelques années.

En seulement un peu plus d’une demi-heure, la formation de Ritchie Blackmore jette dans l’arène des codes nouveaux qui seront des rampes de lancement pour toute une génération de metalleux. Si l’ancienne garde hard rock ne sait plus comment exciter les foules avec une musique de plus en plus extrême, Rainbow trouve l’ouverture et construit boulon après boulon un heavy metal habité par la richesse baroque et la violence belliqueuse d’une section rythmique infaillible.

La scène rock est dans une situation complexe en 1976. Elle va prendre plusieurs directions afin de relever la tête dans un torrent d’idée et d’excès. Rainbow est un moteur puissant par lequel le rock s’oriente vers un son plus heavy metal. La sortie de Rising est un évènement majeur dans cette course à la nouveauté.

Artiste / Rainbow
Album / Rising (1976)
Label / Polydor Oyster
Référence / 2391 224
Année de Pressage / 1976
Code Barre /

Album
Pressage
Pochette / extras
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